Une journée de Sunyou
This version is translated by Soanie Marie Rose
Printemps, 2026
Un parmi des milliers...
Personnages
sunyou
Chaejung
Jiyong
Technicienne
boma
Mère
Visiteuses
Scène 1
(Fondu à l’ouverture)
Matinée.
sunyou se réveille. Elle est allongée immobile, fixant le plafond.
(Bruit de gazouillis d’oiseau dehors)
Elle se débarrasse des couvertures, s’étire, et s’extirpe du lit. Elle ouvre la fenêtre pour profiter de la vue, laissant le soleil matinale glisser sur son corps. Les yeux fermés, elle sent l’air frais contre sa peau.
(Fondu à la fermeture)
Scène 2
(Fondu à l’ouverture)
La cuisine, emplie d’une douce lumière naturelle.
Chaejung s’active aux fourneaux, faisant sauter des champignons et des onions. sunyou se sert un verre d’eau.
Chaejung rit pendant qu’elle raconte l’histoire de la mignonne paire de chaussettes que son petit-ami lui a offert la nuit dernière.
Chaejung: (Riant) Je suis sérieuse, c’est ce qu’il a dit… Bref, sunyou, j’ai fait des champignons. T’en veux ? sunyou: Oui pourquoi pas. Je vais faire toaster du pain.
(Fondu à la fermeture)
(Fondu à l’ouverture)
Bruit des couverts contre les assiettes. L’odeur alléchante des légumes sautés.
Chaejung et sunyou sont assises l’une en face de l’autre, mangeant. sunyou mentionne le projet de boma’s, qu’elle débute officiellement aujourd’hui, et parle de la répétition d’hier matin.
sunyou: Je pense que la grand-mère de Jiyong me voit différemment maintenant. Est-ce que c’est parce que Jiyong et moi devenons de plus en plus proches? Peut-être que “famille” n’est pas qu’un simple mot après tout… J’en sais rien, juste une pensée comme ça.
(Fondu à la fermeture)
(Fondu à l’ouverture)
Dans la cuisine ordonnée, sunyou avale un antalgique pour ses crampes.
(Fondu à la fermeture)
Scène 3
(Fondu à l’ouverture)
sunyou se tient devant un tiroir ouvert, choisissant sa tenue. Son téléphone sonne-c’est Jiyong. Elle retombe sur le lit, riant pendant leur appel.
(Fondu à la fermeture)
(Fondu à l’ouverture)
sunyou s’endort sur le lit.
(Fondu à la fermeture)
Scène 4
(Fondu à l’ouverture)
Aux environs de 13 heures, Galerie A.
Une technicienne téléphonique se tient au milieu de la pièce, vérifiant son portable. boma entre dans la salle, apportant avec elle un poste téléphonique.
boma: Bonjour, vous êtes ici pour l’installation, c’est ça ? Technicienne : Ah, oui. Où voulez-vous l’installer? boma: La ligne passe par en haut, du coup je voudrais faire courir un long câble tout du long jusqu’ici.
Les deux montent à l’étage. boma regarde le dos de la technicienne se courber quelque peu.
(Fondu à la fermeture)
(Fondu à l’ouverture)
Alors que la technicienne retire sa casquette, révélant une tête couverte de cheveux gris.
(Fondu à la fermeture)
Scène 5
(Fondu à l’ouverture)
sunyou s’assoit à l’avant du bus, portant un trench kaki et écoutant de la musique. Elle applique un peu du sérum Laneige pour les lèvres et ouvre son livre.
Didier Eribon, "A Woman's Life, Old Age, and Death," page 73.
Un courant d’air passe à travers la fenêtre ouverte, se glisse dans ses cheveux.
(Fondu à la fermeture)
Scène 6
(Fondu à l’ouverture)
Aux alentours de 15 heures
sunyou marche à travers la rue baignée d’une vaste et chaleureuse lueur jaune pâle. Elle entre dans une galerie ayant de larges fenêtres vitrées.
Elle saisit une brochure, pose son sac sur les escaliers et s’arrête pour lire. Puis, elle commence à déambuler à travers l’exposition.
Un téléphone sonne.
Le moment où sunyou reconnaît que le numéro à l’écran est celui de sa mère, elle se fige comme si le temps s’était arrêté, fixant l’appareil.
Une vague d’hésitation se répand rapidement, et un souffle brûlant—quelque chose entre de la peine et de la rage—déferle de sa poitrine. Sa prise se resserre autour du portable pendant que son autre main se serre en un poing, et malgré un besoin urgent de fracasser le téléphone en morceaux, elle se surprend à être attirée par une force étourdissante, lourde —comme si le sol se dérobait sous ses pieds—pour répondre à l’appel.
Elle se glisse derrière le rideau argenté près de la fenêtre, se cachant pendant qu’elle décroche le téléphone.
sunyou: … Allô?
…
(Le bruit de sanglots étouffés à l’autre bout du fil)
sunyou: Pourquoi tu m’appelles… maintenant?
(Silence)
(sunyou retient ses larmes, sa voix se serrant avec une soudaine rancoeur envers les pleurs muets de sa mère)
sunyou: Pourquoi!!!
…
Mère: Non… Je voulais juste voir comment tu allais. Tu me manques. Ton oncle a dit qu’il voulait te voir, lui aussi.
(Mère redouble de sanglots)
sunyou: J’ai déjà dit que je ne pouvais pas y aller! (Des larmes commencent à tomber) C’est quoi ça? Pourquoi appelles-tu même? Au milieu de nulle part, juste pour pleurer au téléphone parce que “je te manque”? (Continuant au milieu d’une respiration furieuse et saccadée) Je n’y retournerais pas.
… (Des larmes continuent de couleur le long de son visage)
sunyou: Tu n’as aucune idée de ce à quoi ressemble ma vie. Est-ce que tu te doutes une seule seconde de ce que je traverse, en essayant de tout gérer par moi même. Et si tu appelles pour ça, ne te dérange pas dans ce cas là. Je ne te reverrai sûrement jamais. Non—c’est moi qui raccroche. Je ne finirai jamais comme toi. Je ne vais même pas essayer d’imaginer ça. (Essuyant brusquement ses larmes, sa voix haussant avec frustration) Pourquoi!!? Pourquoi t’as appelé? Hein? Est-ce que ça te préoccupe vraiment même… ce qui est en train de m’arriver… en ce moment? (La confusion et la peine prennent place pendant qu’elle continue de pleurer) Tu n’as jamais, ne serait-ce, qu’essayer de comprendre.
…
( Sa voix se brisant, à peine capable de laisser sortir les mots) sunyou: Je peux pas t’envoyer d’argent.
(sunyou fond en larmes, sanglotant)
sunyou: Et… Je suis enceinte.
…
sunyou: J’aurai vraiment aimé ne pas recevoir ton appel.
…
(Les pleurs de la mère se poursuivent à l’autre bout du fil)
…
Mère: Oh… Je vois. Félicitations… Oh, mon dieux… Que suis-je censé faire, quand je ne peux même pas t’aider? (Sanglotant) Je suis désolée. Je suis tellement, tellement désolée. Enfaite je t'appellais pour t'envoyer de l’argent à toi. J’ai économisé. Une fois que je t’aurai envoyé ça, je n’essaierai plus de te joindre. (Continuant à travers ses larmes) … sunyou. J’ai tué ton père. Je suis tellement désolée. Je suis chez ton oncle maintenant. Porter une vie à ce monde… ce n’est pas facile. Tu dois appeler ton oncle, d’accord? Je ne pense pas pouvoir rester à tes côtés. … Ils ont dit que ça pourrait être considéré comme de l’autodéfense. J’ai si peur… sunyou…
(Mère continue de geindre)
Les sanglots de la mère sont incessants. sunyou se tient paralysée, des larmes dévalant son visage dans un total état de choc.
…
Les visiteuses de la galerie sont visiblement bouleversées, ayant surpris l’entière conversation. Certaines se dirigent rapidement vers la sortie. De loin, Jiyong capture son image avec un caméscope.
…
Finalement, sunyou essuie son visage avec ses mains et un mouchoir. Elle essaie de calmer sa respiration.
sunyou: … Je comprends. Tu as fait ce qu’il fallait. Je t’appellerai bientôt. J’irais chez tonton demain.
Elle raccroche. Elle se tient là, le regard perdu dans le vide, pendant un long moment. Elle lâche le mouchoir froissé au sol et quitte la galerie.
…
(Fondu à la sortie)
(Fondu à l’entrée)
sunyou marche.
Les larmes ne tarissent pas. Mais pendant qu’elles tombent, elle ressent une étrange sensation, une nouvelle impression de liberté à chaque inspiration. C’est comme si son esprit était en train d’être récuré.
Elle continue de marcher, pendant que les larmes sur ses joues se dispersent à la lumière; elle disparaît dans la nuit.
…
(Fondu à la fermeture)
Scène 7
(Fondu à l’ouverture)
Aux alentours de 18 heures, A l’intérieur de la galerie. La fenêtre est baignée d’une lueur dorée.
Une visiteuse pique une seule serviette jaune d’une boîte à mouchoir.
(Fondu à la fermeture)
(Fondu à l’ouverture)
Aux alentours de 22 heures.
Le téléphone sonne. C’est un appel téléphonique au service client à propos d' un mixeur cassé.
(Fondu à la fermeture)
Scène 8
(Fondu à l’ouverture)
Dans l’atelier.
Une journée au ciel dégagé. Le froid hivernal qui persistait dans l’ombre des arbres et s'engouffrait par la fenêtre, est porté au loin par une brise chaude.
sunyou est occupé à enduire une toile avec du gesso.
(Fondu à la fermeture)
- FIN -

